Cette fameuse scène dans Star Wars épisode 8 en a fait bondir plus d’un, mourir de rire plus d’un défunt et énervé plus d’un geek.

Cette scène où la princesse Leïa est dans l’espace n’est morte ni de l’explosion, ni d’implosion dans l’espace, ni d’asphyxie, ni de froid… Non, Leïa s’impose comme Xéna à son environnement. Avérée en réalité pleine de “force”, elle survit, voire même ressuscite à cette offensive de son propre fils.

Cette scène n’est pas anodine, qu’elle soit accidentelle ou bel et bien un hommage (ce qui est plus probable) suite à la mort de l’actrice Carrie Fisher en décembre 2016, nous avons assisté à l’immortalisation d’une actrice par son image. Bien que les rumeurs disent qu’elle ne sera pas représentée dans l’épisode 9 par un double numérique, qui sait si elle le sera dans dix, vingt ou trente ans comme l’a été Peter Cushing dans l’épisode “Rogue One” pour son personnage l’amiral Wilhuff Tarkin.

Le visionnage de cette scène avait quelque chose d’émouvant. Nous sommes sorti quelque peu de la diégèse du film. Leïa n’était plus Leïa, elle était Carrie Fisher qui, malgré sa mort, nous est rendu par le miracle numérique.

Deux conséquences :

Cette séquence suscite une émotion inédite, aussi ridicule est-elle parue pour des millions de personnes, pour la raison citée ci-dessus. C’est donc par la ressurrection de Leïa que nous apparaît la ressurection de Carrie Fisher. On se croit véritablement dans le prologue du film “Le congrès” de Ari Folman, un monde d’imaginaire, un monde de désirs enfantins, idiots, un monde de drogue, dans lequel même la mort est balayée.

“Le Congrès” d’Ari Folman. Chacun incarne qui il veut être grâce à une drogue du futur et erre dans un univers folklorique et totalement figé.

Par cette ressurection, on peut paradoxalement y voir la mort du cinéma, (ou disons d’un cinéma, voir conclusion) qui n’est plus le fait de comédiens ni de décors mais de pixels savamment agencés à partir du réel et dont le but est de perpétrer l’illusion d’un cinéma qui lui n’a plus pied dans le réel tel que nous le connaissons.

Je ne parle pas du réel au sens propre du terme. Jouer une histoire, c’est déjà s’éloigner du réel, mais si le cinéma rassemble une population derrière une morale, alors il joue un rôle dans le monde réel. À ce jour, le cinéma perd ses atouts politiques et ne devient qu’un jouet. Beaucoup de films sont des bonbons sucrés qui prétendent être un hommage, un remake ou meilleurs que les premiers. L’immortalité des acteurs par le numérique avec lesquels on pourra faire ce que l’on veut contribue à cet imaginaire pervers.

Oui, c’est donc la naissance d’un cinéma pervers puisqu’il occulte la réalité, qui joue à faire du cinéma une machine se nourrissant des souvenirs que nous en avons, mais les films ne veulent presque plus rien dire, sinon parfois penser l’actualité comme la télévision.

Toutefois, annoncer la mort du cinéma est une bonne prévention à sa mort véritable. Comme on dit “Le roi est mort. Vive le roi.” :

Le cinéma est mort. Vive le cinéma.

Autrefois, un genre de cinéma était un refuge du réel, parfois dur, et nous emportait dans des mondes merveilleux, des histoires qui nous faisaient oublier qui on était pendant un temps. Il le faisait même dans des histoires communes, comme “Un homme au Sénat” de Frank Capra ou “Quelle était verte ma vallée” de John Ford.

Or nous sommes entrés maintenant dans un hyperéel, où la progression de l’image a bousculé notre espace temps et a fait s’investir dans le réel la simulation d’un réel par l’image, que cette image soit fabriquée à partir du réel, en dessin ou en image de synthèse. Mais j’en parlerai dans un prochain article sur l’essayiste Jean Baudrillard. Si les “nouvelles” images vous intéressent, cet article sur Raymond Bellour et sa tentative de les rassembler dans un concept peut vous intéresser.

Aussi, je pense qu’aujourd’hui est né un cinéma qui est et sera au contraire un refuge de l’imaginaire, une échappée du réel devenu désincarné, simulateur, hyperréel. Un pied à terre dans un réel fort déséquilibré. C’est ce que j’ai ressenti en regardant le film “Jusqu’à la Garde” de Xavier Legrand, mais j’en parlerai une autre fois.

Ainsi, la mort de Carrie Fisher démentie par le bonbon numérique assure la mort d’un cinéma tel qu’on l’a connu. Mais un autre cinéma très ancré dans un temps réel et un espace réel, pourrait voir le jour prochainement.