Je tenais à vous parler du film La La Land.

J’y tenais parce qu’il est à ce jour la dernière pièce d’une mouvance que j’ai ressenti dans le cinéma contemporain. Mais avant d’en parler, j’ai trouvé intéressant de faire une coupe franche dans le cinéma, avec une liste de films non exhaustive appartenant à cette mouvance, afin de mieux apprécier l’impact du dernier film de Damien Chazelle.

N’hésitez pas à suggérer d’autres films en commentaire après avoir lu l’article.

Préambule :

Si on pouvait résumer rapidement le cinéma de sa naissance à aujourd’hui, il y a eu une période d’expérimentation (lumère, acteur, technique de son, montage…), le cinéma affirmé et classique des années 1930, puis un cinéma d’après guerre qui casse justement les acquis du cinéma classique : néoréalisme italien, nouvel Hollywood, la Nouvelle Vague… En France, cette révolution fait partie de notre identité aux yeux du monde entier. Le cinéma d’art et d’essai, spirituel, intellectuel, pessimiste, était devenu la nouvelle norme, une nouvelle institution. Pour moi, le cinéma contemporain est en train de digérer cette révolution et propose quelque chose de nouveau.

À mon sens, cela fait quelques temps déjà que le cinéma occidental se réveille d’un long sommeil Deleuzien. Le succès d’un réalisateur comme Xavier Dolan annonçait la relève d’un cinéma de sentiments, d’émotions, de sens, traité à la même échelle que l’esthétique, la politique, les biopics, les polémiques, le tragique… bref tout se qui peut se finir en « iques ».

La disparition de Anna créée un vide puissant qui livre les personnages à eux mêmes et à leurs propres faiblesses. L’Avventura est un film qui oblige les personnages à prendre du recul sur eux mêmes.

Le cinéma Antonionien, proche de l’idéologie de Deleuze, n’est pas révolu, mais il cohabite désormais avec un autre cinéma d’auteur : si Michel Antonioni, dans des films comme “L’Avventura”  ou “Blow up“, casse les liens sensori-moteurs rend compte de l’incapacité de l’homme d’agir et de changer la société, Xavier Dolan, Thomas Cailley ainsi que Damien Chazelle semblent nous montrer, une fois descendu de notre chaise haute qu’il est toutefois possible, avec une ardeur et une abnégation qui peut frôler la folie, de changer tout du moins notre propre condition.

Un virement de comportement au cinéma qui pourrait avoir trouvé le jour – pas chronologiquement – dans le premier long métrage de fiction de Jan-Ole Gerster, « Oh Boy », dans lequel un jeune homme, Niko, a arrêté ses études et déambule dans les rues berlinoises dans l’idée de trouver un café.

“Oh Boy” de Jan-Ole Gerster

Nonchalant par dépossession de toute passion, du fait que son père le presse, le film montre à travers Niko une génération (la nôtre) désaxée et déshumanisée. Une génération rendue cynique par une société figée, faisant ronronner la machine tant qu’elle fonctionne sans s’adapter à ses cadets. Dans “Oh Boy”, le rapport au corps et à la nourriture montre une jeunesse qui appelle bien plus à quelque chose d’organique, d’intelligent, qu’à une société mécanique et rigide. Après une nuit absurde remplie de péripties, sous un soleil d’aurore, Niko boit enfin son café : Jan-Ole Gerster signe la reprise en main du jeune homme.

La nuit passée dans les rues berlinoises, Niko boit enfin un café, le regard dirigé vers la droite (conventionnellement vers le futur)

Ainsi, le sentiment, la passion ou même l’entrepreneuriat sont des vecteurs qui pointent souvent vers une issue de secours, que ce soit dans des films d’auteur récents comme « Les Combattants », dans « J’ai tué ma mère », le documentaire-reportage « à voix haute »…

“J’ai pas peur du chômage et de la crise. Il y a bien pire qui se prépare.” Dans “Les Combattants” de Thomas Cailley, pour affronter le monde de demain, Madeleine a décidé de se blinder. Au second plan, Arnaud s’éprend de Madeleine et veut lui montrer une autre issue.

Des blockbusters aussi sont de la partie, comme le film d’animation « Tous en Scène » qui parlent d’oser monter sur scène pour le plaisir de monter sur scène et combine passion et entrepreneuriat, ou plus anciennement le film « Warm Bodies » de Jonathan Levine, dans lequel un zombie tombe amoureux d’une jeune femme et redevient peu à peu humain. À l’aube de la société mondialisée et consumériste, le zombie a toujours été un symbole d’euthanasie de l’humanité. « Warm bodies » est un film de zombie qui semble faire le pont avec les films de zombies de Romero et proposer une alternative à l’abrutissement de la société de consommation. À l’instar de Niko dans « Oh Boy », les zombies peuvent aussi se réveiller.

“How makes you feel alive ?” “Warm Bodies” de Jonathan Levine

Je ferai peut être une analyse plus détaillée de chacun de ses films. En tout cas, J’affectionne donc particulièrement les films capables de retranscrire les nouveaux états, les nouvelles fractures ou les nouveaux problèmes de la société. À mon sens, La La Land fait partie de ceux là.

Le prochain article parlera du deuxième long métrage de Damien Chazelle,

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